Eduquer la bienveillance



L'homme est-il naturellement bienveillant ?


Si l'on consulte le dictionnaire, on découvre que les mots "humain" et "bienveillant" sont synonymes : faire preuve d'humanité, c'est donc se montrer bienveillant. Cela signifie-t-il que la bienveillance est une qualité innée de l'être humain ?

Marshall B. Rosenberg, père de la Communication Non Violente et auteur du livre "Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs)", en est intimement convaincu : "... notre nature profonde nous porte à aimer donner et recevoir dans un esprit de bienveillance".

Pourtant, face à la violence de certains mots, de certains comportements, de certains événements, cela ne semble pas évident pour tout le monde... Pourquoi cette bienveillance innée semble alors avoir disparu ? Quelles sont les motivations d'une telle violence, d'une telle agressivité ?

Et cependant, certains individus réussissent à conserver leur bienveillance, à rester en contact avec une forme de bonté naturelle et ce, même dans des circonstances difficiles et éprouvantes. Comment font-ils ? Quelles forces renferment-ils intérieurement ? Comment celles-ci les guident dans les méandres des relations interpersonnelles vers une communication authentique ? Comment peuvent-ils rester soucieux du bien-être d'autrui en demeurant conscients des effets de leurs paroles et de leurs actes ?

Il apparait donc évident que la bienveillance est toujours présente dans le coeur de chacun. Pour autant, quand la souffrance morale, émotionnelle ou physique devient insupportable, il arrive que l'être humain se coupe de cette bienveillance naturelle.


Mettre des mots sur nos maux...


Et si c'était simplement parce que nous ne trouvons pas les mots pour exprimer notre souffrance ? Et si c'était parce que les mots nous manquent pour identifier nos ressentis, pour nommer nos émotions ? Le dictionnaire regorge pourtant de noms permettant d'exprimer toute la palette des sentiments qui nous habitent, et évoquant les plus infimes variations liées à ce que nous ressentons. 

Mais peut-être n'avons nous pas appris à explorer nos ressentis et à les mettre en mots ? A force de s'être entendu dire qu'un homme ça doit être fort, qu'un homme ça ne pleure pas... A force d'avoir ingurgité des "Sois belle et tais-toi !"... A force de s'être fait rabroué lorsque l'on exprimait nos peurs, notre tristesse, nos colères, parce que "Ca ne se fait pas !"... A force de s'être fait blâmer dans l'enfance pour trop de turbulence, pour trop de questions, pour trop de maladresses... L'expression de la vie en nous, les émotions, la curiosité et l'ouverture au monde se sont peu à  peu étiolées. 

Pourtant, tous ces ressentis sont toujours là, tapis au fond de notre coeur, attendant d'être accueillis. Les apprivoiser et les intégrer nous permettraient de découvrir nos besoins essentiels qui, lorsqu'ils ne sont pas pris en compte, génèrent malgré nous, des situations relationnelles insatisfaisantes.


Et sur nos joies !


Et qu'en est-il des besoins satisfaits ? Osons-nous exprimer notre joie dans toute sa plénitude ? Pas souvent, ou ça dépend avec qui ! Et peut-être aussi avons nous tendance à nous arrêter sur ce qui ne va pas plutôt que de goûter à ce qui va bien et de laisser notre coeur en explorer tous les délices... Et pourtant, délaisser les chemins tous tracés des pensées habituelles qui nous tirent vers le bas au profit de pensées effrontément positives, permet de créer de nouvelles autoroutes neuronales en direction de la joie et du bonheur !



Innocenter les autres... et la vie


Nous n'avons pas plus les mots pour dire nos joies que ceux pour exprimer nos souffrances. Et nous nous en prenons alors à notre entourage, à notre chéri(e), à nos enfants, à notre patron, au gouvernement, à la vie : "C'est à cause de toi si je suis en colère, si je souffre.", "C'est de la faute de mon patron si je ne suis pas motivée...", "La vie est pourrie...". Difficile de rester dans la bienveillance quand on est en souffrance...

Pourtant, qu'est-ce qui est important en vérité ? Trouver un responsable ou bien améliorer notre état d'être ? Ces accusations nous permettent-elles de trouver la sérénité ? Ont-elles des chances d'améliorer nos relations ? Il est clair que non ! Mais alors quoi faire ?


D'abord, être bienveillant avec soi-même


Le plus important est de commencer par cultiver la bienveillance envers soi-même : apprendre à s'accueillir tel que l'on est, être un parent attentif et aimant pour soi-même, se prendre par la main, s'encourager dans les moments difficiles, se féliciter pour les efforts fournis, être indulgent, célébrer nos réussites... plutôt que se critiquer dès le premier faux pas.

Mais ce n'est pas toujours facile avec toutes ces voix intérieures qui nous rabâchent : "ne fais pas ci", "fais plutôt comme ça", "... et puis de toutes façons tu n'arriveras jamais à rien", "tu n'as jamais été doué  pour...", "tu es vraiment trop nul", "tu ne mérites pas de...", "personne ne t'aime", et patati et patata ! Que de jugements sur nous-mêmes ! Ces petites voix s'en donnent souvent à coeur joie et nous laissent la plupart du temps découragés, abattus, et plein de rancoeur...


Débusquer nos pensées parasites...


La première étape consiste à observer vos pensées. Bien sûr, cela peut prendre du temps avant de réussir à s'arrêter sur une pensée. Car les pensées ont cette particularité d'être souvent involontaires et débridées : le petit vélo qui n'arrête pas de tourner, cela vous dit quelque chose ?

Mais prenez patience et petit à petit, vous y arriverez. C'est un véritable apprentissage... Avant de savoir courir, il vous a fallu passer par plusieurs étapes : ramper, marcher à 4 pattes, vous tenir debout sur vos deux jambes, tomber, vous relever, marcher sans tomber, et enfin courir. Et maintenant vous pouvez courir sans même y penser !

Centrez-vous et accueillez tout ce que cette pensée provoque physiquement ou émotionnellement : crispation, fermeture, oppression, tristesse, colère, honte, culpabilité... Prenez des notes. Décrivez vos impressions. Faites des dessins ou des gribouillis si cela vous inspire.



Et réaliser que si elles sont là, c'est parce qu'elles nourrissent des besoins fondamentaux


Eh oui ! En réalité, sous leurs airs parasites, elles sont là pour prendre soin de vous ! Même si elles ne s'y prennent pas de la meilleure façon ! Peut-être vous protègent-elle de la déception, de la peur, que ce soit d'échouer ou de réussir.



Traduire les pensées et jugements négatifs en sentiments et besoins


Une fois que vous avez isolé la pensée qui vous parasite, et que vous avez observé ce qu'elle provoque à l'intérieur de vous, il ne vous reste plus qu'à  la traduire en sentiments et besoins.

Prenons par exemple cette petite pensée assassine : "Je suis vraiment nul. Je n'arrive jamais à rien..."
Quand vous pensez ça de vous, qu'est-ce que vous ressentez ? Comment vous sentez-vous à l'intérieur ? C'est agréable ou désagréable ?

Qu'est-ce qui se passe en fait ? Vous êtes déçu ? Vous êtes triste ? Pour repérer l'émotion et les sentiments qui vous habitent je vous invite à consulter la liste que je mets à votre service dans cet article  : Emotions et sentiments. Vous ne croyez pas que vous êtes déjà bien assez triste par la situation que vous vivez sans en plus vous rajouter une couche de jugements qui vont encore plus vous décourager ou qui vont vous faire culpabiliser ? D'ailleurs, si vous souhaitez faire la distinction entre les jugements et les sentiments, c'est par ici : Les jugements !

Cherchez tous les sentiments que ce jugement vous fait vivre à l'intérieur : vous vous sentez découragé, seul, désespéré ? Lorsque vous avez cette pensée dans votre tête qui dit que vous êtes nul et que vous n'arriverez jamais à rien, il est normal que vous vous sentiez triste et déçu. Cette pensée est loin d'être encourageante et ne risque pas de vous motiver à faire quoique ce soit pour que ça change...

Et en même temps, aussi dure et désagréable que cette pensée puisse être, elle vous dévoile une aspiration qui n'est pas nourrie. Elle vous montre qu'un ou plusieurs de vos besoins ne sont pas satisfaits. Quel est cet élan qui aimerait tant se déployer à l'intérieur de vous ? Qu'est-ce que vous aimeriez vivre en fait ?

Vous aimeriez vivre de la légèreté ? De la bienveillance ? Du respect ? Vous avez besoin d'action, de réalisation, d'accomplissement ? Et cela sonne triste à l'intérieur de vous quand ces aspirations ne sont pas comblées. Et c'est carrément normal ! Vous vous dites sûrement que vous n'arriverez jamais à rien quand vous venez de passer à côté de quelque chose : d'une opportunité, d'un travail, d'une rencontre, ou bien quand vos résultats ne sont pas ceux que vous espériez. Et dans ce cas, c'est de bienveillance dont vous avez besoin dans un premier temps pour prendre la mesure de la tristesse que vous vivez, de la déception qui vous traverse. Puis d'encouragement et peut-être aussi de soutien, dans un second temps, pour vous aider à remettre le pied à l'étrier, à tenter autre chose, à continuer d'aller vers l'accomplissement auquel vous aspirez. Les généralisations arbitraires et les croyances limitantes qui s'expriment au travers de toutes ces pensées parasites, vous tiennent en fait éloigné de vos aspirations les plus importantes.



... Et découvrir les croyances limitantes qui les nourrissent


Lorsque vous vous surprenez à ruminer une pensée "négative" ou "parasite", je vous invite à la noter sur une feuille de papier.  Ensuite, posez-vous les questions suivantes et notez les réponses :

  • Dans quelles circonstances cette pensée apparaît-elle ?
  • Depuis quand est-elle présente ?
  • Pouvez-vous y associer un événement particulier qui aurait pu lui donner naissance ?
  • Est-elle issue d'une phrase prononcée par quelqu'un de votre entourage quand vous étiez enfant, adolescent, jeune adulte et même plus tard ?
  • Que vous apprend cette pensée des croyances qui vous habitent ?
  • Ces croyances vous propulsent-elles vers l'épanouissement ou au contraire vous enferment-elles dans une forme de sabotage de vos potentiels ?
  • Sont-elles vraies ? Avez-vous des preuves qui permettent d'en faire des vérités absolues ?
  • Sont-elles adaptées à toutes les circonstances ou seulement liées à des situations très spécifiques qui ne sont arrivées qu'une ou deux fois et que votre mental a eu tôt fait de généraliser ? Eh oui, à force d'utiliser les mêmes autoroutes neuronales limitées, votre mental a toujours tendance à exagérer, à maximiser, à surévaluer les situations en votre défaveur.


Accepter les croyances négatives...


Après avoir répertorié les tenants et aboutissants de ces croyances négatives qui vous musellent et vous sabotent, il ne vous reste plus qu'à les accueillir et les accepter. Oui, vous avez bien lu ! Les accepter. En effet, comment voulez-vous passer à autre chose si vous n'acceptez pas ce qui est là ? Je vais utiliser une image pour approfondir cet étonnant concept.

Vous arrivez essoufflé(e) sur le quai de la gare et réalisez que vous venez de louper votre train... Si vous restez sur le quai à vous lamenter, à vous dire que si vous étiez parti(e) plus tôt, si le chauffeur de taxi avait pris un autre itinéraire pour vous emmener à la gare, si vous aviez pris votre billet en avance au lieu de devoir faire la queue pendant 30 mn, vous auriez pu attraper votre train, je ne pense pas que cela solutionne le problème ! La première étape est donc d'accepter que le train soit parti sans vous. Et de reconnaître ce que cela vous fait vivre intérieurement : de la colère, de l'exaspération, du découragement... C'est normal de ressentir tout cela et c'est bon de l'accueillir, même si ce n'est pas forcément confortable. En revanche, les lamentations et les jugements ne feront pas avancer le schmilblick. Quel est votre besoin à ce moment-là ? Prendre le prochain train pour aller là où vous aviez décider d'aller ? Rentrer chez vous ? Vous poser pour réfléchir à ce qui est vraiment important pour vous ? Car cela peut aussi être un acte manqué en lien avec un besoin que vous n'avez pas écouté et qui vous susurrait pourtant que vous n'aviez pas très envie de prendre ce train, d'aller là où vous deviez aller... Quoiqu'il en soit, le fait de simplement accepter que le train soit parti sans vous, vous permet de vous ouvrir à une action adaptée et constructive : regarder l'horaire du prochain train, appeler un taxi pour rentrer chez vous ou allez vous asseoir dans un café pour réfléchir. Car si vous restez sur le quai à vous lamenter, cela peut durer longtemps... 

Il est donc primordial que les croyances négatives et les répercussions qu'elles ont sur votre vie soient acceptées pour pouvoir pouvoir vous ouvrir à d'autres possibles.



... Et les transformer en pensées nourrissantes


L'étape suivante consiste à chercher des pensées positives qui pourraient vous faire du bien, qui pourraient vous redonner espoir, qui pourraient vous ouvrir à d'autres possibles bien plus agréables à vivre. Vérifiez dans votre vie si vous avez déjà vécu des situations où ces pensées positives étaient présentes, des moments où vous étiez bien, en accord parfait avec vous-même et votre environnement. Il y en a forcément même si ce ne sont pas celles qui vous viennent en premier. Persévérez. Fouillez votre mémoire. Quand vous les aurez trouvés, je vous invite à cultiver le plus souvent possible ces pensées nourrissantes tout en reconnaissant les croyances négatives qui vous habitent aussi. Comment faire ? En restant ancré dans votre axe de choix Vous pouvez par exemple vous dire : "Oui ce n'est pas facile pour toi d'imaginer pouvoir sortir de cette habitude, de ce problème (là vous reconnaissez, accueillez et acceptez la part de vous qui est prisonnière de sa croyance ou de sa pensée négative), je sais que tu vis depuis longtemps avec cette croyance, et en même temps tu as déjà vécu telle situation qui te montre que les choses peuvent être différentes, et j'ai confiance que tu as les capacités et la détermination pour vivre le meilleur."

Et voilà, c'est tout !

A force de vous répéter encore et encore ces nouvelles pensées nourrissantes, elles finiront pas s'ancrer en vous et à faire fleurir dans votre vie des situations et des événements en lien avec ce que vous souhaitez vraiment vivre. Vous construirez de nouvelles autoroutes neuronales, plus ajustées à vos choix conscients. Les anciens chemins neuronaux empruntés par les pensées négatives se rétréciront, se retrouveront en friche, et petit à petit, finiront pas disparaître de votre champ de possibles.

Vous pouvez de cette façon apprendre à être bienveillant avec vous-même, avec les autres, à respecter vos besoins tout en tenant compte de ceux des autres. Soyez patient, car comme l'indique le titre de cet article, il s'agit de s'éduquer. Et l'éducation est un apprentissage qui peut parfois prendre du temps. Mais que de bonheur et d'authenticité gagnés au bout de ce nouveau chemin neuronal !



Et si vous avez déjà tout essayé...


Si cela vous semble compliqué ou difficile, si vous avez déjà essayé plein de méthodes seul(s) sans que cela ait vraiment porté des fruits, vous pouvez aussi choisir de vous faire accompagner. Le coach ou psychothérapeute vous soutiendra, vous apportera son savoir-faire et sa bienveillance inconditionnelle pour que vous sortiez de vos habitudes de pensées et de vos comportements limitants. En fonction de votre vécu, de la récurrence et de l'ancienneté de ces schémas de pensée, vous vous dirigerez soit vers un coaching, soit vers une psychothérapie. S'il s'agit d'une situation ponctuelle que vous ne parvenez pas à dépasser ou à transformer en lien avec des échecs récents, le coach sera tout à fait compétent pour vous accompagner. En revanche, si ces pensées limitantes sont présentes depuis longtemps, que vous revivez souvent les mêmes expériences désagréables alors que vous avez l'impression de faire tout ce que vous pouvez pour que cela change, le psychothérapeute vous aidera à mettre de la lumière sur des schémas plus anciens et à les transformer pour qu'ils ne vous empêchent plus de déployer vos potentiels et d'avancer vers le bonheur.


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